Et merde, il est 22h07 et j’ai une fois de plus la prétention de croire que j’ai fini ma journée …
Raté et alors là, pas qu’un peu. Tout simplement rattrapé par mon destin (si tant est que j’en ai un) ou bien alors frappé par le grand démiurge de nos modestes vies. Venons-en aux faits, arpentant un sentier perdu dans une lointaine contrée numérique dont le nom n’a pas encore été inventé, un fin cours d’eau se rapproche et ma soif notoire, à mon corps défendant, me dirigeant vers lui me fait heurter une bouteille échouée.
Homo erectus comme on n’en fait plus, appétit de connaissance insatiable et curiosité essentielle mal placée, j’ouvre !!
Je connaissais l’arbre qui cache la forêt mais le coup du ruisseau qui cache des torrents d’effluves musicales … Soit
Une renaissance… métissage musical…Subtil entremêlement, à vous de juger.
Tantôt épopée solitaire et mélancolique tantôt funky-hiphoppy-vibes (SAY YES) l’album ne réserve aucune surprise, c’est une surprise. Aussi tôt dit, aussi tôt fait, débute EVIL INSIDE sur des faux airs de MARIO soundtrack et puis une rupture, un tremblement qui me fracasse d’émotion et me laisse sournois; Comment ce type a t’il pu imaginer telle transition ? Une mélodie de Polnareff savamment remaniée pour un rendu boulversant.
Je ne peux pas en dire plus, je n’en sais rien, je ne sais plus.
PS. Ne tirez pas trop sur l’écouteur.
Ainsi parlait Pedro Métatramp…
This gallery contains 1 photo.
De Si Haut Rang,
Etres désespérés, mauvais cons abdicateurs, nihilistes de passage, mélanomanes par opportunisme, néantistes du dimanche, fidèles supporters de François Bayrou, cette dépèche n’est pas pour vous. Quoique …
Emil est de ceux qu’on ne présente plus, enfin je crois. Et puis l’exercice serait prétentieux d’une part car il faudrait pouvoir pretendre avoir embrassé l’homme (pas facile) puis son oeuvre autant dire que l’affaire n’est pas mince. Ecrivain prolifique (une trentaine d’ouvrages parmis lesquels des recueils de pensées, des correspondances et des essais notamment), philosophe à la pensée non moins féconde, le gamin insomniaque de Sibiu qui deviendra par la suite l’une des figures de proue de la pensée noire occidentale de la fin du 20ème n’est pas du genre à faire des compromis ….. à notre grand plaisir.
Pas plus dans le fond ou cet aristocrate du doute dévoile sa relative funebre vision du monde, se plaisant à nous ballader comme des marionettes, que dans la forme ou l’aphorisme devenu roi suggère à l’esprit bouillonant bien plus que les quelques mots inscrits.
La force de la demonstration chez Cioran tient à ce qu’elle émane de nous. Ce processus devenu intime c’est entre nos mains novices que se joue son drame, Emil nous propose, nous invite et nous laisse le choix, nous livre à l’évidence sans nous y atteler. Subtile procédé. Une fois debout devant le ravin, des ailes démoniaques au dessus de la tête et ce professeur de désespoir la main tendue, l’injonction à sauter n’est même plus nécessaire.
Celui qui venerait Doestoivski puis Bach est pour cetain le grand demiurge du chaos, le chef de file d’une generation de professeurs de désespoir qui écrira a 23 ans un ouvrage dont la puissance intellectuelle et l’éloquence sont impressionnantes. Sur les Cimes du Desespoir n’est pas un manifeste mais une exposition des élucubrations d’un jeune roumain encore inconnu du monde entier, dont les insomnies chroniques sont l’une des plus grande conseillère.
“On apprend plus Durant une nuit blanche que Durant une année de sommeil”
“Et perdre le sommeil … les putains et moi .. les nuits de Sibiu, moment le plus extraordinare de ma vie “.
Le projet littéraire n’est alors que secondaire, le livre est une liberation pour l’écrivain et jouera le role d’une veritable catharsis. Fils de Pope et d’une femme athée, étudiant alors la philosophie à travers le prisme de la pensée de Schopenhauer, Kant ou Nietzsche depuis ses 17 ans, Emil est d’ores et déjà en proie à une furieuse vision du monde et partisan du suicide.
“J’aimerai perdre la raison à une seule condition :avoir la certitude de devenir un fou gai et enjoué, sans problèmes ni obsessions, hilare du matin au soir.”
Délaissant tour à tour ce qui le rattache à la vie, après une acerbe critique de a famille il dira qu’il n’y a rien de plus stérilisant que d’admirer ses géniteurs. L’auteur mettra ensuite sa géniale verve au service d’une virulente attaque de la patrie en general puis tout particulièrment la sienne, sa terre natale: la Roumanie; “ pays petit, maudeste et sans aucun des atteibuts qui auraient pu lui constituer un destin”.
“ la patrie n’est qu’un campement dans le desert”
L’écrivain en mal d’absolu ne saurait supporter la médiocrité à laquelle est vouée sa famille, son existence, sa patrie et le genre humain. Pensant alors que “la mort est ce que la vie a inventé de plus solide”, la possibilité du suicide est ce qui le tient irrémédiablement encore en homme parmis les hommes, en vie.
Alors désespéré et malheureux, Emil se perdra quelque temps dans l’admiration de la passion Hitlérienne, forme politique absolue à ses yeux qui le séduit lui, l’apatride. Certains y verront une ferveur indigne d’un homme de l’esprit. Certains.
La françe, terre des grands hommes des Lumières qu’il admire (Rousseau. Voltaire) lui servira alors de refuge. Le roumain se fond dans un quartier latin qui l’amuse mais dont il restera toujours à la marge de la bonne société. Il croise et ignore Sartre aux Flore, ne reçoit pas les prix littéraires dont son travail est couronné (Sainte-Beuve, Combat, Nimier, Morand), vit en ermite rue de l’Odéon un quotidien d’étudiant à La Sorbonne. Fidèle à sa condition, Cioran conserve un train de vie de miséreux et se promène au Luxembourg jusqu’à la fin de sa vie, ballade intellectuelle et philosophique qui sera celle de sa vie, elle donne l’occasion à l’homme de vivre comme un ascète. Dépouillement absolu, dénuement materiel, reclusion des activités et des moments d’oisiveté.
Se voir interdit de fréquentation de la cantine de la Sorbonne à ses 40 ans est un Malheur dont il aura du mal à se relever….mongol
L’homme adopte alors la langue de Molière et ne la quiterra plus jamais, il nous livrera des ouvrags qui lui donnent l’occasion de nous prouver sa maîtrise poussée de la langue et son aptitude à la deformer, la faire à son image. Celle-ci sera encore un moyen de déverser des flots de désillusions et de morale noire.
Le changement de langue achève de destabiliser Cioran à tout jamais, l’homme-paradoxe trouve une nouvelle façon de perdre des repères déjà trop fragiles.
“ On n’habite pas un pays, on habite une langue “
Emil Michel Cioran trouve enfin dans le dandysme et dans l’apaisement par le style qu’il propose une issue de secours. Convaincu que “la solitude et l’ennui fondent sa chute dans le temps” et que la “conscience est mere de l’ennui”, il trouve un art de vivre et une éthique dans laquelle il se réfugie.
Alors Cioran devient poête, comme si les mots ne suffisaient plus, il rêve d’un monde ou l’on mourrait pour une virgule. La fin de sa vie est difficile, l’homme chancelle, son esprit est vif mais son corps une insupportable forteresse malade qui le fait trembler.
Cioran meurt dans la ville-lumière et repose sous la terre de Montparnasse aux côtés de ceux qui ont essayé d’exister. Si vous deviez n’en garder qu’une chose ? “Nous sommes tous au fond d’un enfer don’t chaque instant est un miracle”
Votre humble serviteur.
Les singeries de Buda
Il y a une semaine Radio Nova la douce playlistait les new beat japonnais. Budamunky se détache nettement du lot. Le Beatmaker jazzy invite ici le poseur de rime Joe Styles dans un album, Budastyles classic, à se procurer absolument. Un hip hop, d’après midi, au soleil ou sous la pluie.
Au sommet

Je crois que je suis en train de tomber passionnément amoureux de la minimal. Et oui étrangement mon approche de ce genre n’a jusqu’à présent été que timide, et je crois doucement rattraper mes lacunes. Bon, pour les combler, un Time Warp ça aide, on peut même le dire : Cela bouleverse une vie musicale.
On ne peut alors s’arrêter là et on veut remettre une écoute prolongée de techno à tout prix, ce week-end : 1500 mètres d’altitude- Cran Montana –-Confédération Helvétique – Caprices Festival
J’ai fais en haut de ces montagnes la rencontre de Paul Barthes kalkbrenner. Au même titre que Fabien, il est le gardien d’une transe futuriste, innovante et personnel. Ce type est à la base une légende, connu pour avoir fait un film de sa carrière mouvementée (Berlin Calling), il réalise des live dantesques.
Revenons aux Caprices, à l’affiche ce soir donc notre DJ allemand. On ne s’attend pas à grand-chose, bien que le nom excite, pas d’animosité particulière.
Il rentre, la salle est toujours allumée, il donne l’impression de procéder à des derniers réglages mais non, il a déjà commencé, il s’est élancé, impatient, sans attendre ; Malgré l’éclairage, le son transcende le tout, et nous emporte doucement.
En 10 min la salle s’est obscurcit, le décor est très simple : sur la scène l’homme qui va être mon héros de la soirée est encerclé par de grand panneau blanc, éclairés par de tranchant flash rouges. C’est si simple mais c’est si beau. Ce qui suit n’est qu’un long voyage vers une dimension inconnu tout d’abord sa musique est unique elle diffère d’une minimal classique. Première surprise : la voix, élément souvent absent, elle apparait soudain de très loin. On semble entendre un murmure qui proviendrait de l’autre coté des Alpes puis les douces paroles s’introduisent dans la salle pour finalement devenir un hymne qui nous habite. Sky and sand dure au moins 10 min, elle dure et dure, ne fait que subtilement changer de temps, se délaisse de beat pour en épouser d’autres.
Une claque.
Puis il joue la Mezcla , dont on avait oublié qu’il était l’auteur de ce remix grandiose, s’enchaine d’autres titres, déjà une heure et demi ou l’unique langage qui nous habite est la dance. Les mains caressent l’air chaud du chapiteau, le buste virevolte, et le corps découvre des mouvements encore inconnus qui semblent s’être juste réveillés à l’écoute de ces rythmes grandioses.
On ne s’en est pas aperçu tout de suite, mais l’homme rasé a disparu. La salle n’a jamais été aussi sombre, les flashs rouges ont redoublé de crépitement. Absynthe fait son apparition, le titre passe donc seul, pas besoin de main humaine derrière tout cela, le morceau est parfait, on a rien à rajouter, il nous amène dans un final sombre et grave. La puissance réside dans sa constance, dans l’apport infime de basse lourde, c’est le fruit mure d’un chirurgien qui perdure et nous berce, d’un magicien qui pendant deux heures a transformé l’altitude en apesanteur.
Il revient, place alors à des hurlements sauvages d’une foule conquise. Presque gêné d’avoir autant donné, il penche la tête sur le coté, salue tendrement la foule et passe une dernière fois son hit Aaron .
Paul kalkbrenner, merci .
